Un couple américain de lesbiennes a recouru à une IAD (insémination artificielle avec donneur) afin de concevoir la petite Payton, actuellement âgée de 2 ans. Elles avaient pris le soin de sélectionner un donneur dont les caractéristiques physiques étaient proches des leurs (peau blanche, yeux et cheveux clairs) mais ont appris au 5ème mois de grossesse qu’une erreur avait été commise et que le sperme d’un homme noir avait été utilisé.

Elles portent aujourd’hui plainte contre l’établissement ayant procédé à l’insémination afin d’obtenir réparation des préjudices subis. Toutes les 3 vivent dans une ville dont la population est quasi exclusivement blanche et ces mères craignent que leur fille ne subisse des discriminations liées à sa couleur de peau. Payton se trouve au cœur d’une situation dramatique et d’une polémique médiatique (l’information a été très largement reprise dans les médias internationaux) à cause du manque de rigueur d’un établissement de don. Pour son bon développement, les psychologues consultés ont même conseillé un déménagement dans un environnement à la composition plus diversifiée.

Cette situation est d’autant plus ubuesque lorsque l’on connait la pénurie occidentale de dons de gamètes provenant de donneuses mais surtout de donneurs noirs et donc les difficultés que rencontrent les femmes noires (en couple ou non) afin d’être aidées dans la conception d’un enfant.

Pour exemple, la plus grande banque de sperme en ligne, Cryos, ne propose qu’un seul donneur de type africain. Même si la prépondérance de donneurs blancs ne parait pas illogique puisqu’il s’agit d’un site danois, le fait que la plus grande banque en ligne ne propose qu’un seul donneur noir est assez symptomatique.

Si les établissements américains permettent à la femme de choisir librement les caractéristiques du donneur, le fonctionnement des centres de procréation européens (France, Belgique, Espagne…) est beaucoup plus strict. Les caractéristiques de la donneuse ou du donneur et celles de la future mère (ou du couple) doivent correspondre.

L’équation est simple : très peu de donneurs et des critères de compatibilité stricts, auxquels il faut ajouter l’aspect social et financier, excluent les femmes noires de ces dispositifs.

Même si le nombre de donneurs ou donneuses noirs était plus important, encore faudrait-il que toutes puissent accéder aux structures. La liste des Cecos français (établissements gérant les techniques de procréation médicalement assistée) est désespérément métropolitaine…

Les pays d’Afrique noire (Afrique du Sud, Ghana, Cameroun en tête) proposent également des services de procréation médicale assistée afin de répondre aux très nombreux cas d’infertilité (jusqu’à 30% contre 15% en Occident). Les causes de ces taux élevés sont notamment les complications d’infections non soignées, la prévalence de la sérologie HIV positive ou les complications de grossesses.

Pourtant et dans ces cultures dans lesquelles l’enfantement est un passage obligé pour l’épanouissement des couples, les techniques de procréation médicale assistée sont encore peu utilisées. En cause les contextes économiques tendus et les difficultés d’accès aux informations ou aux structures.

Alors que les cas de stérilité sont plutôt équitablement répartis entre les hommes et les femmes, ce sont ces dernières qui subissent la stigmatisation associée car elles sont considérées comme les garantes de la fécondité.

Le Dr Ernestine Gwet-Bell est précurseur dans ce domaine puisqu’elle est à l’origine du premier bébé conçu in vitro en Afrique Centrale (Cameroun, 1998). La journaliste Annie Payep l’a longuement interviewée dans le cadre de l’émission Elles se racontent diffusée sur VoxAfrica.

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sources

Des gamètes de couleur : phénotype, race ou ethnie ? par Corinne Fortier

4e Congrès international du Gieraf sur la fertilité : Du bon usage de la procréation médicalement assistée, Leral.net (attention, il y a une image difficile et dont je ne vois pas trop le rapport avec le sujet mais l’article est intéressant)

Don d’ovocytes pour femmes noires et métissées, topic Les Maternelles (France)

Les centres de don de sperme à la recherche de donneurs, au-delà des tabous,  la Dépêche (France)

Quand son désir d’enfant peut enfin se réaliser, Le Mauricien (Ile Maurice)

La clinique du bonheur (Cameroun)