L’épidémie d’Ebola est critique et touche particulièrement 3 pays d’Afrique : la Sierra Leone, la Guinée-Conakry et le Liberia. Alors que les populations occidentales cèdent progressivement à la psychose face à cette grave maladie, une femme libérienne a déjoué toutes les statistiques en apportant des soins à 4 membres de sa famille.

L’histoire commence quand le père de Fatu Kekula tombe malade. Elle l’emmène alors dans différents hôpitaux qui ne peuvent le prendre en charge faute de place et de personnel soignant, ce dernier étant lui-même affecté par la maladie.

Il reste donc à domicile, mais contamine malheureusement son épouse, une autre de ses filles ainsi que son neveu.

J’ai tellement pleuré, je disais à Dieu « tu me dis que je vais perdre toute ma famille ? »

Fatu Kekula, qui est étudiante infirmière se charge de leur apporter des soins à l’aide de médicaments fournis par une clinique locale. Elle est cependant consciente de l’extrême contagion de la maladie et du fait qu’elle doit rester en bonne santé afin d’aider efficacement ses proches.

C’est là que toute l’ingéniosité de cette femme se met en œuvre : elle confectionne des protections avec les moyens du bord.

Ses cheveux sont couverts d’une paire de collants et d’un sac-poubelle enroulés autour de la tête.

Ses pieds sont protégés grâce à des chaussettes recouvertes de sacs-poubelles retroussés à mi-mollet par-dessus lesquels elle enfilait une paire de bottes en caoutchouc, elles-mêmes recouvertes d’une couche supplémentaire de sacs-poubelles.

Son tronc était couvert par un imperméable et ses mains recouvertes de 4 paires de gants.

Un masque venait compléter cette tenue certes incongrue, mais efficace puisqu’elle n’a pas contracté la maladie alors qu’elle assurait des soins intensifs auprès des siens.

Ce succès ne s’arrête pas là, alors qu’au Liberia la maladie est mortelle dans 70 % des cas, 3 des 4 malades de sa famille ont survécu à cette terrible épreuve.

Après ces deux  semaines de combat, un hôpital a enfin pu admettre son père, sa mère, sa sœur et son cousin mais ce dernier n’a malheureusement pas survécu.

Fatu Kekula, image nairalandnews
Fatu Kekula : « Je suis fière de moi » – image nairalandnews

Il est difficile d’attribuer totalement ces résultats à ces mesures car d’autres facteurs ont pu influer. Cependant le dévouement, la débrouillardise et la résistance physique et morale de Fatu Kekula sont à saluer.

Sa « méthode du sac-poubelle » est d’ailleurs reprise par des volontaires de l’aide internationale afin de former les populations locales à son utilisation. C’est à la fois une source d’espoir dans la lutte sur le terrain et un aveu terrible du dénuement des habitants et des systèmes de santé face à cette maladie.

La vie reprend son cours

Désormais guéri, son père met tout en oeuvre afin de récolter les fonds pour qu’elle puisse terminer ses études d’infirmière et ainsi venir en aide à d’autres personnes qui auront besoin de ses compétences et de son intelligence.

Je suis sûr qu’elle sera une figure du Liberia, son père

Une source d’espoir qui ne doit pas occulter la réalité

Cette réussite est également l’occasion de rendre hommage à celles qui au quotidien sont présentes auprès des malades alors que les femmes sont d’une manière générale les premières victimes d’Ebola, au Liberia 75 % des personnes décédées sont des femmes.

Les causes sont multiples et directement liées à leur condition de vie des femmes et à leur place dans la société.

 « Ce sont elles qui soignent les membres de leur famille quand ils tombent malades. De plus, elles circulent entre la Guinée et la Sierra Leone pour vendre sur les marchés leurs produits. Et quand quelqu’un meurt, ce sont les femmes qui préparent l’enterrement, font la toilette mortuaire… »
Julian Duncan-Cassell – ministre libérienne de l’Egalité des sexes et du Développement

sources

Woman saves three relatives from Ebola, CNN

Parcours de femmes extraordinaires: Fatu Kekula face à Ebola, Challenges

Pourquoi y a-t-il plus de femmes que d’hommes qui meurent d’Ebola? Slate