En 1828, après 40 années de souffrances et de multiples changements de propriétaires, Mary Prince est à nouveau déracinée pour arriver dans la froide et humide Angleterre qui contraste sévèrement avec les Caraïbes.

Ses propriétaires en ont décidé ainsi et elle n’a d’autre choix que de s’y plier en laissant derrière elle son mari ainsi que toutes les personnes qu’elle aime.

Elle ne savait pas que ce nouvel exil forcé changerait sa vie en l’emmenant vers un combat judiciaire qui influerait sur la politique esclavagiste de l’État colonial anglais.

en représentation à la Manufacture des Abbesses jusqu'au 20/12/2014
en représentation au Théâtre des Abbesses jusqu’au 20/12/2014

C’est cette histoire que Souria Adèle a choisi d’interpréter sur la scène de la Manufacture des Abbesses. J’ai pu voir en mars dernier ce spectacle qui m’a profondément touchée.

Colère, admiration, interrogations.

Seule sur scène, l’actrice incarne totalement son personnage et nous fait ressentir l’inhumanité de cet esclavagisme qui retire toute liberté et bien-être. Cet asservissement qui prive les mères de leurs enfants, les frères de leurs sœurs et les femmes de leurs époux.

C’est avec beaucoup d’admiration que j’ai reçu ce témoignage du combat de Mary Prince porté par la finesse et la pudeur de l’incarnation de Souria Adèle.

Je ne m’étalerai pas plus sur le contenu ou la forme de ce spectacle car je vous invite vivement à aller le voir afin de vous faire votre propre opinion.

Je peux en revanche vous parler des interrogations que cela a soulevé en moi en tant qu’afro-descendante des Caraïbes. Des questions en rafale sur ces femmes qui m’ont précédée et qui vivaient dans des conditions proches de celles de Mary Prince. Comment ont-elles lutté contre cette condition ?

Car je n’ai aucun doute sur le fait qu’elles aient lutté.

Lutté à leur manière telle une Mary Prince qui s’est mariée à un ancien esclave contre l’avis de ses propriétaires et qui s’est rebellée une fois arrivée sur le sol anglais (l’esclavage n’existant pas sur le sol anglais mais uniquement dans les colonies).

Je n’ai malheureusement aucune réponse à ces interrogations et je n’en n’aurais pas. En revanche ce que j’ai ce sont les histoires d’une Mary Prince et de tant d’autres femmes esclaves qui se sont battues.

Merci à Mary Prince, Solitude, Lumina Sophie (née à l’abolition), Flore Gaillard, Héva, Nanny et à tant d’autres esclaves marronnes pour avoir combattu mais également pour avoir laissé ces traces et ainsi nous apporter les réponses que nous n’aurons pas à titre individuel.

Merci également à ceux et celles, telle Souria Adèle, qui transmettent ces histoires au grand public.

J’ai vu et participé à des manifestations contre une pièce de théâtre qui déshumanise un peu plus les Noirs. J’ai également lu ce message de Souria Adèle sur le manque de spectateurs lors de ses représentations.

Tout le monde dit  » oui y a pas assez de spectacle sur l’esclavage fait par les noirs avec les noirs » mais personne ne vient quand un afro-descendant fait quelque chose. On n’est dans une contradiction sans fin.

Souria Adèle sur Facebook

Soutenir est tout aussi essentiel que de dénoncer.

Mary Prince, jusqu’au 20 décembre 2014 à la Manufacture des Abbesses