La twitta @Pommeris nous initie à la culture musicale haïtienne en nous présentant la chanteuse de jazz créole Tamara Suffren.

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J’ai grandi avec le jazz le blues, la musique rasin (vodou), mais surtout le konpa.

Qui en Haïti n’écoute pas de konpa ? Que tu le veuilles ou non tu peux te retrouver à chanter un son konpa que tu n’as jamais mis chez toi.

Comment ? Eh bien parce que les voisins ne mettent pas du Tabou Combo ou du Tropicana d’Haïti un samedi ou un dimanche pour eux, mais pour le quartier. Et cette ambiance festive donne naissance fort souvent à des get together improvisés mais aussi à des petits groupes musicaux de n’importe quelle tendance.

Bien que sur la scène internationale on connaît beaucoup plus les groupes konpa, beaucoup de nos musiciennes et musiciens n’ont pas cessé d’innover et d’apporter du nouveau pour le bon plaisir des amants de la musique. Et c’est dans cette quête que nous avons vu surgir le jazz créole.

Imaginez écouter du jazz sur fond de tambour, ce petit bout de soleil sur chaque note, ce bruit de vague qui accompagne le solo saxophone… Imaginez écouter les paroles imagées des scènes de vie caribéennes. Eh bien, on retrouve tout ça sur le CD de l’une des divas du jazz créole que j’adore : Lespwa de Tamara Suffren.

page Facebook de Tamara Suffren
Page Facebook de Tamara Suffren

Elle a un talent fou et une voix chaleureuse. Avec Lespwa, elle nous offre 12 morceaux de bonheur, de joie, de gaieté, de bonne humeur et de sourire. Je dois dire que c’est tout ce que je ressens en écoutant ce CD.

Elle commence avec Mèsi Bondyé [merci bon Dieu] qui est un classique de la musique traditionnelle haïtienne, l’un des premiers chants vodou qui ont été interprétés par beaucoup de musiciens (il existe une version de James Germain et de Malavoi).

Je veux croire que c’est pour remercier le ciel, la nature et les anges gardiens pour avoir enfin eu la chance de produire son premier album, elle qui chante depuis l’âge de 5 ans.

Mèsi Bondye gade kisa lanati pote pou nou,

Lapli tonbe mayi pouse

tout timoun ki grangou prale manje

An nou danse kongo an nou danse petro

Papa Bondye ki nan syèl la mizè a fini pou nou.

Merci Bon Dieu, regarde ce que la nature nous a apporté. La pluie est tombée et le maïs a poussé. Tous les enfants qui avaient faim pourront manger. Dansons le congo, dansons le petro. Notre père du ciel, notre misère a pris fin.

Ensuite vient Zanmi (ami), c’est le titre qui nous donne des leçons par rapport à nos amitiés à partir d’une série de proverbes haïtiens.

Zanmi se trèt nan pla men cho.

Et le premier chant de l’amour arrive, Sa k’ rivé (qu’est-ce qui s’est passé). Ce moment où tu te rends compte que tu es dinguement amoureux-se de quelqu’un-e et que tu découvres les facettes de cet amour, mais surtout les changements en toi. Eh bien si c’est ton cas, alors cette douceur décrit l’histoire de ta vie.

Ou byen m’ap fou oubyen m’ap dekouvri lanmou

pouki toutan ou nan panse m…

Lannwit tonbe w’anvayi rèv mwen

jou poko leve non w nan bouch mwen

Ou je deviens folle ou je suis en train de découvrir l’amour. Pourquoi es-tu tout le temps dans mes pensées ? Il fait nuit et tu envahis mes rêves. Avant même qu’il ne fasse jour ton nom est sur mes lèvres.

On rentre un peu plus dans l’ambiance jazz, avec un autre chant sur l’amour, je préfère dire une poésie chantée sur l’amour. Cette fois, elle chante pour un chéri.

Pi bèl rèv mwen fè sanble avè w’

Mon plus beau rêve ressemble à toi.

Salon pèp (salon du peuple), en Haïti les rues sont considérées comme le salon du peuple voir ici ceux qui n’ont surtout pas le privilège d’avoir un grand et beau salon chez eux. Elles ont une importance dans notre quotidien et je crois que chaque rue a un récit à raconter qu’il soit social, historique ou tout simplement une anecdote. Tamara chante ici un parallèle entre ce que devrait être une rue et l’état déplorable de nos rues.

Et encore de l’amour, parce que oui il ne chantera jamais assez l’amour et tout ce qu’il nous permet de vivre, Chak Jou (chaque jour).

Chak fwa nou rankontre se toujou sanble premye fwa

Chak jou w di m ou renmen m’ se sèl pawòl mwen tande

Chak fwa lè ou manyen m’ se tout kò m ki pran louvri…

*soupirs*

A chaque fois que tu me touches, tout mon Être s’ouvre.

On prend une pause avec l’amour pour parler de rêves, d’espoir : Lespwa qui est donc le titre de l’album. Il est important de la voir chanter et d’admirer sa beauté avec son joli afro !

Larenn solèy (la reine soleil) ; ici le plus important c’est le silence du saxo devant le tambour à 1 min 01s . La beauté d’un yanvalou.

Et la Petite fleur de l’album, rien à dire juste écouter l’instrumental.

Je ne voulais pas le dire pour ne pas influencer ceux et celles qui vont surement écouter l’album, mais je le dis quand même : Batistè (acte de naissance) est mon titre préféré. Et le je viens d’avoir un doute, mais je reste derrière mon choix. La poésie derrière ce texte est magnifiquement belle. J’écoute souvent cette chanson les yeux fermés peut-être que ça m’aide a mieux imaginer une belle histoire d’amour…

Mele jès mwen avèk jès ou

tounen mizik m ap vin danse w

dwèt mwen sonje chalè kò w

g on van ki bouke site non w (…)

Vin chita, taye cheve m’

w ap fin pa jwenn sa m gen pou m di w depi lontan.

[Je ne pense pas que la traduction sera à la hauteur des mots, du coup je ne le fais pas]

Et en parlant de yeux fermés, l’avant-dernier morceau est un classique de chez nous que l’on chante aux bébés pour les endormir. Et pour finir ce beau cadeau que nous a offert Tamara Suffren en collaboration avec P. Vaiana, elle nous chante Maladie d’amour qui est une biguine créole.

Cet album est en résumé un mélange de poésie et de belles mélodies. Beaucoup des titres sont écrits par elle et de grands poètes haïtiens. j’espère que vous allez aimer cette jeune chanteuse tout comme moi.

Si vous voulez acheter son CD sur iTunes ou Amazon.

Pour l’écouter sur Spotify et sur Soundcloud.

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